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Publié le par L.

ENTREE EN BOURSE

La Bourse. La Bourse de Paris, le palais Brongniart, bien avant que tout cela ne s'appelle Euronext puis NYSE-Euronext. Si vous m’aviez dit un jour que sortant de mon Ecole de Commerce, j’approcherai de près - ni même de loin – cet environnement particulier et hermétique, j'aurais apprécié votre humour à sa juste valeur. D’abord parce que cette matière, la finance boursière, les marchés financiers, est peu étudiée en école de commerce et ensuite parce que son intérêt était pour moi très limité.

Non sans une certaine naïveté, je souhaitais m’orienter vers le marketing. En 1994, même sur Paris, le marché de l’emploi était déjà déprimé, alors faire du marketing, voyez-vous… J’ai fini par trouver un boulot de commercial en banlieue parisienne chez un célèbre fabricant de photocopieur. Mais il me fallut moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire pour me rendre compte que faire du tap/tap toute la journée aux portes des entreprises de la région était loin de mes idéaux.

Aussi, lorsque peu de temps après une société d’intérim me proposa une rencontre avec un Responsable de Parquet de Matif SA, au Palais Brongniart, l’idée me plut de creuser la piste. La visite qui suivit ce jour-là me laissa ébouriffé.

LE PALAIS BRONGNIART

Tout d’abord, des sensations. Physiques principalement. Visuelles, d’abord. Sonores ensuite.

Car c’est avant tout un lieu, le Palais Brongniart. Un lieu chargé d'histoire, d'histoires du passé, les grandes et les petites, mais aussi, d'histoires du présent, celles qui se chuchotent à l'oreille aujourd'hui avant de prendre les premières places dans les livres demain.

Sortie métro Bourse, une vaste esplanade, une barrière à franchir après avoir montré patte blanche, quelques marches séculaires à gravir et vous voilà accueilli comme dans un cocon dans le vénérable bâtiment de pierres, inauguré en 1826. En son centre, une salle immense, une arène,  où cohabitent CAC40 Futures et Monep, les deux stars papiers du lieu.

Une galerie visiteur - accessible par une autre entrée du Palais - en fait quasiment tout le tour qui, du 1er étage, domine l’espace et surplombe une myriade de colonnes qui en émaillent le pourtour.

Avez-vous déjà travaillé avec au-dessus de votre tête des touristes qui vous prennent en photo ? Je me suis souvent demandé ce qu’ils pensaient de toutes ces fourmis de la finance qu’ils voyaient se battre, derrière des vitres aussi fines que du papier à musique.

Des dizaines de mètres plus haut, un dôme de verre laisse pénétrer la lumière du jour et éclaire la scène. Souvenir émouvant, magnifique. Conscience du poids du passé, des voix éteintes qui hantent encore ce lieu. On se surprend à penser que travailler dans ce lieu est aussi inhabituel qu’honorifique.

Voici ainsi placé le CAC40 Futures, le premier espace de négociation du Matif, le Marché à Terme des Instruments Financiers ou, plus tard, - attention -, le Marché à Terme International de France, rival plein d’ambitions - à l’époque - du Liffe, de la DTB ou du plus lointain et inaccessible "the" CBOT.

Les autres aires de négociation sont réparties dans d’autres salles, à l’étage, plus modernes, se dévoilant au gré des marches et des ascenseurs. La pierre fait place à des matériaux plus adaptés au métier, absorbants plus les bruits et les vibrations…. L'innovation financière prenait à peine son essor. De nombreux contrats furent créés: contrats Pibor, Notionnel, leurs options respectives, l’Ecu ( !), les Devises et plus tard, le Boble…  

Tous ces marchés de couverture (de hedging en langage de financier franglais) aussi intéressants et rassurants pour les investisseurs institutionnels que volatiles et lucratifs (ou pas) pour les autres…

Quelques années plus tard, ces parquets furent transférés dans une ancienne salle du Palais où des colonnes furent déplacées pour y mettre tous les marchés à la criée du Matif, hormis le Cac40 Futures qui restera à sa place jusqu’au plan social (les plans sociaux en réalité), la fermeture des marchés à la criée en 1998. Cette salle, amphithéâtre grouillant et mugissant, d’une vastitude suffisante pour y loger 500 personnes. Ses aires de négociations, surplombées par des gradins, accueillait une partie du staff des courtiers, en contact téléphonique et permanent avec le reste du monde.

 

L.  @spocktraders

Publié dans Finance & Economie

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