Back to the... criée. MATIF 5

Publié le par Bernard Prats-Desclaux

LE CONTROLE

 

On comprend aussi que les moyens de contrôle soient adaptés - du moins l’espère-t-on - à cet environnement mouvant.

 

Nous avons donc là des Contrôleurs de marché (dont le nombre sur un contrat dépend de son importance) qui, travaillant en temps réel eux aussi, sont chargés de faire appliquer les réglementations en vigueur : faire respecter les négociations dans la fourchette acheteur/vendeur, privilégier ceux des intervenants qui se sont déclarés les premiers sur un produit ou une position à un meilleur prix que les autres, aider à la négociation, diriger les intérêts acheteurs vers les intérêts vendeurs ou l’inverse, décider de passer le marché en mode « agité » lorsque les variations sont si importantes, les négociations si bruyantes et incompréhensibles que les cotations en temps réel sont impossibles, régler les litiges entre les négociateurs (qui a acheté ou vendu quoi à qui et en quelle quantité, par exemple…) et enfin, c’est bête à dire, veiller à ce que chacun ait un minimum de tenue et de retenue etc…

 

Il arrive aussi qu’un contrôle par les Contrôleurs de marché soit nécessaire a posteriori, une fois la séance terminée.


Un cas simple est celui d’un commis ne retrouvant pas ses petits au terme de la journée.

Qui lui a donc acheté ses 200 Calls Spread 12/13 juin 1 par 2 applique à 114.12 aux alentours de 13h35  ??

L’appariement n’a pas eu lieu et le système informatique cherche donc ses petits. Lui aussi. Son Trader aussi.

En effet, une fois son deal terminé sur l’aire de négociation, le commis ou son flasheur (qui se trouve dans son dos, face au box) confirme au box & par flash que la négociation est faite. Dans le box, un membre de l’équipe fait suivre  l’information à la table de trading (quelque part en ville). Le client final peut être averti que son ordre a été passé avec succès ou pas, d’ailleurs. L’information a circulé en moins de 5 secondes.

 

Toujours est-il que ce jour-là, cette stratégie n’a pas trouvé d’acheteur ou alors un acheteur fantôme.

 

Les Contrôleurs de marché sont alors sollicités pour aller consulter les bandes video. Car, nous l’avons évoqué, toutes les séances sont filmées. Les machines prennent le relais. Avec le commis négociateur, ou à plusieurs si le litige concerne plusieurs intervenants, direction le dernier étage du Palais Brongniart, en ascenseur. Moment particulier, je dois le dire, quand c’est la première fois, que d’arriver sous le toit de ce noble édifice, de voir le plafond du dôme qui surplombe le CAC 40 et le Monep – l’envers du décor, quoi. Puis après quelques mètres de marche dans la poussière et les toiles d’araignée, on pénètre dans une salle non isolée (…) où une panoplie d’écrans vous attend sagement.

 

Là, on s’installe et on visionne la séance à l’heure indiquée par le commis. Et on dispose d’un outil qui permet de revivre la scène en vitesse réelle, en accéléré, au ralenti, en avant et en arrière pour trouver – ou pas – l’acheteur de ces 200 Calls Spread 12/13 juin 1 par 2 applique à 114.12. On est vraiment très proche de l’aire de négociation, l’erreur est impossible.

Et ce jour-là, on n’a pas trouvé l’acheteur. Le commis a fait un geste dans le vide. Personne n’a reçu sa vente. C’est indubitable. Il va devoir redescendre annoncer la pomme à sa table. Qui va d’ailleurs s’empresser de vendre une fois encore, mais réellement cette fois-ci, ces lots sur Globex à un bon prix si les cours n’ont pas dévissé entre temps.

 

Dans d’autres circonstances, sur d’autres cas, hors de la présence des commis, nous nous servions aussi de cet outil magnifique pour aller vérifier que certaines négociations que l’on n’avait pas pu casser faute de preuve en temps réel avaient été faites selon le respect les normes en vigueur. Les Contrôleurs de Marché avaient alors l’opportunité de dresser des constats d’infraction pouvant donner lieu à des sanctions disciplinaires, comme une expulsion temporaire du Palais, par exemple.

 

D’autres services de contrôle du Matif pouvaient aussi entrer en action, qui plus outillés que les Contrôleurs, avaient licence pour mener des enquêtes plus poussées chez les intervenants même.

 

L. @Spocktraders

Publié dans Divers, Finance & Economie

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